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© Felixia
Feliz, le chat, et le pot en céramique.
 
Fleurs

Felixia

du Québec, juin 2004
 

(This page in English)

Jour 3 et je m'y retrouve - je m'habitue à cette aube subite qui se lève à 7 h 30 pile. Un instant, tout est noirceur, puis l'autre, tout est clarté. Le temps n'est ni ensoleillé, ni couvert, mais il ne pleut pas.

Je charge la nouvelle voiture de location que j'ai prise à l'agence hier (celle-ci ne se révolte pas aux arrêts), et je quitte l'hôtel à 10 h. Ma quête pour localiser un café Internet est infructueuse, et je m'y perds dans ces villes portugaises où le nom des rues n'est pas indiqué. À mes demandes de directions, de vagues réponses : Em frente (droit devant). Je comprends bientôt que si l'on suit em frente pour un bon moment, on repassera par là dans deux ou trois ans ; la terre est ronde. Je n'ai qu'à suivre mon nez, exploration à la portugaise !

Quelques vingt minutes après avoir quitté Albufeira, j'atteins les contreforts de la Serra de Monchique. C'est la mi-février, le printemps est en effervescence. Les amandiers en fleurs parsèment le paysage et le vert tendre des arbres reflète joliment la lumière argentée. J'arrête pour faire le plein. Je n'emprunterai pas l'autoestrada, et il faudra cinq ou six heures de route pour parvenir à Setúbal. Syntonisée à Antenna Dois, je m'installe confortablement dans la longue route qui m'attend.

Mimosa (1)

Subitement, à droite, un arbre gigantesque m'interpelle, tout chargé qu'il est de fleurs jaunes. Mimosa ! Je ralentis, puis j'arrête la voiture sur le bord de la route - un emplacement y est déjà prévu. La magie de l'arbre agit sur d'autres. Un couple s'affaire à couper une quantité impressionnante de branches. L'homme en avance une afin que je me serve. Je me maîtrise, tout comme je me suis contenue hier, quand j'ai acheté ce si joli pot de fleurs en céramique. La branchette embaume la voiture. L'âme repue, je poursuis ma route vers la Serra.

La circulation locale ralentit mon rythme énergique : un homme conduisant une charrette, précédée par ... un âne. Je m'adapte, et je le suis, très lentement. Bientôt, une longue file de voitures prolonge la procession; certains sont plus patients que d'autres, mais la route commence à serpenter, et la circulation en contresens nous interdit toute fuite.

Son affirmation longue de cinq kilomètres terminée, l'homme se range enfin sur l'accotement et la vitesse du 21e siècle est rétablie.

Caldas de Monchique

La Serra de Monchique baigne dans un microclimat ; feuillage verdoyant et hautes montagnes, s'élevant vertigineusement vers la brume, puis plongeant profondément vers le creux des ravins, où cascadent les ruisseaux. Le contraste est marqué avec la côte plus aride de l'Algarve. La route grimpe vers les hauteurs, en corniche, prévoyant amplement d'espace pour deux voies malingres. L'atmosphère est vaporeuse, la végétation luxuriante, l'ambiance est à un monde éthéré d'anciens couvents, de fermes centenaires et de moutons au pâturage. En rien semblable à mon habitat naturel, je suis complètement captivée, mes yeux cherchant les moindres détails pour les comparer à ce que je connais, puis les sauvegarder dans ma mémoire à long terme, pour être rappelés plus tard, à -40° C.

Hiver au Québec

NDR : A droite, avant le départ du Québec ce février-là... Il fait rarement -40° C quand le paysage s'emmitouffle dans la neige. C'est avant, ou après, que le froid mord cruellement.

Un détail s'impose à mon attention, brise ma concentration et me précipite dans la stupéfaction. Dans le fossé, des callas blancs. Beauté !

Je commence à freiner, mais les voitures qui me suivent m'arrêtent. Je continue à rouler, cerveau à cent-soixante à l'heure.

Des arums dans un fossé ? Des plants sauvages ? Font-ils partie de l'aménagement d'une habitation que je n'aurais pas vue ? Une anomalie ? Je poursuis ma route et bientôt, la vision resurgit. Cette fois, il y a une maison tout près... Dommage, ils sont cultivés. Refoulant mon désappointement, je continue, une toute petite semence de cupidité germant dans mon coeur.

Un seul, me dis-je, rien qu'un, pour agrémenter le mimosa.

© Alquimista.net
Parfois, l'atmosphère est vaporeuse sur les hauteurs de Monchique.

Les lys calla me taquinent. Ils se cachent, tantôt en apparente domesticité, tantôt en abandon sauvage, tout au long des courbes sinueuses du chemin étroit. Aucun accotement, circulation en contresens, et file de voitures derrière moi. La vigilance est obligatoire. Incapable de m'arrêter, ma frustration s'amplifie. La provocation relève de l'insupportable quand, enfin, j'aperçois un massif de callas d'un côté de la route et, de l'autre, perchée sur les flancs du ravin, une maison de thé. Sur le coup, j'active le clignoteur et je me gare dans le stationnement minuscule.

Portugais imparfait : Pode dar-me chá se faz favor ? La vieille dame à la peau tannée et aux yeux perçants s'essuie les mains à son tablier, puis m'indique une table.

Je m'installerais bien dehors, sous la pergola, mais le temps a tourné au frais, à l'air montagnard et humide. Elle me sert le thé, chaleur bienvenue nourrissant mon courage... Estas flores ?, pointant vers les arums de l'autre côté du chemin. Réponse inintelligible de la dame. J'hésite puis, poussée par ma convoitise, je poursuis : É possivel dar-me uma flor ?

Mon accent est sûrement terrible, la dame me regarde, abasourdie.

Serra de Monchique vue près de Marmelete

Une autre gorgée de thé, repli stratégique.

L'impasse est brisée quand arrive une foule de ... deux femmes. Blondes, volubiles, familières, elles engagent la conversation avec la vieille dame. L'une d'elles se sépare du groupe et s'avance vers moi.

"Bonjour, parlez-vous anglais ?"
Je réponds, "Oui."
"Je suis Allemande, et je passe mes hivers ici, à Monchique. Resterez-vous dans les parages ?"
"Non, je rencontre un ami à Setúbal, plus tard dans la journée."
"Qu'avez-vous demandé à la propriétaire ? Elle n'a pas compris."
Je souris : "Ça doit être mon accent. Je lui demandais si je pouvais avoir un des lys calla qui se trouvent de l'autre côté de la route. Sont-ils cultivés ?"
"Non, ils poussent partout, comme des mauvaises herbes."

Elle retourne auprès de la vieille dame et prononce quelques paroles en portugais. La dame disparaît, puis revient, pelle à la main !

Horrifiée, je m'exclame : "Non ! Pas le plant, juste une fleur, s'il-vous-plaît !"

La vieille dame abandonne la pelle, traverse le chemin, couteau à la main, et s'affaire ici et là dans le jardin bien cultivé et bien entretenu. Elle revient aussitôt, m'apportant un immense bouquet d'une vingtaine de callas. L'image du pot en céramique de la taille d'un pouce me traverse l'esprit, laissant derrière elle les traînées d'un fou rire silencieux.

Les remerciant avec effusion, j'extirpe du fond de la voiture le contenant en plastique de mon cellulaire Vitamina Zero, puis je l'emplis du contenu entier de ma bouteille d'eau. En arrangeant les fleurs dans ce vase de fortune, j'aperçois un escargot, niché dans les fleurs. Ce sera le compagnon idéal, me dis-je, j'adapterai mon rythme au sien.

Les lys calla durent éternellement. Chaque soir, en toute désinvolture, j'entrais à l'hôtel du jour pour en ressortir le lendemain matin, bouquet d'arums dans les bras.

Aujourd'hui, quand j'aperçois un lys calla, je repense à ces deux femmes, rencontrées dans la Serra de Monchique, à leur générosité de coeur et d'esprit. Dans le langage des fleurs, le lys calla symbolise : beauté magnifique, ou panache. C'est sans doute vrai.

Voir aussi une autre page de Felixia : Océan

(1) Photo communiquée par © Fernando Correia.

© Felixia
Page © Alquimista.net, 30 juin 2004.
Texte, traduction et photos © Felixia (sauf indication contraire).
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