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Visions d'Automne
Jean-Claude Petit

 

Arriver à Marvão à la nuit tombante est risqué. Sur la petite place, où j'ai enfin atterri, l'Albergara do Rei Dom Manuel semble fermée (NDLR : établissement ouvert toute l'année). Il n'est que 18h, heure locale. Je jette un œil par delà les remparts. Le vent, lui, est nourri. Ma voiture jaune soleil fait tache. Un homme au volant d'un pick up me regarde d'un air que je devine amusé. Je suis un peu paumé à vrai dire et sonné par la route. J'y vois mal. Je consulte le Routard à la lueur du plafonnier, croyant me rappeler qu'un hôtelier et surtout sa fille parlent très bien le français. Ajuda, estou cansado, mais je saurais tout aussi bien dire desejo um quarto. Je pense que c'est la Pensão Dom Dinis. Elle est fléchée justement. Je m'enfile dans un boyau qui longe les remparts. Personne en face et pour cause, personne ne sort plus à cette heure… Et de flèche en flèche, de ruelle en ruelle, je parviens à une esplanade, celle de l'Office du tourisme, qui fait face non pas à la Pensão, mais à la Casa Dom Dinis. Première erreur. C'est plat, large, mais venté.

La Casa est belle, antique, soigneusement restaurée et entretenue. A la réception, l'homme ne parle pas du tout français, deuxième erreur. Il me fait comprendre qu'il va appeler quelqu'un. Je suis sûr que c'est sa fille, pardi ! Elle parle effectivement très bien le français, mais elle a plutôt l'âge d'être son épouse. Troisième erreur, bien entendu. Bref, on m'attribue une splendide petite chambre, la 114, avec des murs épais comme ça. J'y suis rudement bien en dépit du froid. Le chauffage va être mis, me dit-on. Je m'installe, valise, valisette, ordinateur portable, sacoche photo, sacoche à documents et tout le tremblement. On dirait que j'emménage. Le téléviseur m'encombre, mais je n'ose pas le virer.
     - A quelle heure mange-t-on ?
     - Nous ne faisons pas restaurant, mais je vais vous en indiquer.
C'était ma quatrième erreur. La Pensão fait restaurant, mais la Casa non…

J'ai enfilé mon anorak, coiffé mon bonnet de laine (heureusement, je l'avais pris) et ivre de bonheur, en homme libre marchant complètement à côté de ses pompes, j'ai cherché la Casa do Povo. J'ai surpris une jeune femme au détour d'une ruelle en lui demandant dans mon plus pur accent de l'Hexagone :
      - Por favor, procuro a Casa do Povo…
J'y étais presque. J'ai donné du marteau comme au temps jadis. Le maître de maison m'a invité à prendre place, me précisant qu'il était encore tôt. J'étais le seul convive, mais bientôt, d'autres ont rejoint la salle. On m'a présenté d'office une ementa en anglais, ce que j'ai décliné, préférant celle en portugais. J'ai craqué pour une sopa de nabiças et un bacalhau dourado qui n'était pas de première jeunesse, mais j'ai dîné. J'ai regagné ma délicieuse chambre et j'ai dormi en dépit du vacarme que faisait la tourmente.

Marvão en février
Marvão vu des murailles du castelo. Photo © Alquimista, 22 février 2003.

Réveil comme d'habitude vers les 6h, ce qui fait 5 au Portugal et vous laisse largement le temps d'attendre l'heure du pequeno almoço. A huit heures moins le quart, n'y tenant plus, je suis allé me dérober un œuf dur resté dans le coffre de la voiture. Vous n'imaginez pas le prix d'un œuf dur écalé dans la nuit de type écossais, sur les remparts de Marvão ! Ah le prix de cet œuf, fût-il de poule et non d'autruche comme mon estomac m'en suppliait ! J'étais dans le coton. C'est alors que le Bon Dieu est intervenu.

Par enchantement, oui, la lumière est montée, le jour s'est levé et le brouillard s'est déchiré, levant le voile sur l'immensité de cette péninsule qui nous fait tous courir. Oubliant le déjeuner, j'ai foncé dans la chambre, extrait fébrilement mon appareil de ma sacoche photo, déboulé les gradins de pierre et je me suis rué sur les remparts. J'y étais comme en avion, à 900 mètres, dans un monde enchanté de cotonnades éclatantes sur fond de lourds cumulo nimbus plombés de pluie. Je ne le savais pas encore, mais Badajoz prenait sa rincée du siècle à cet instant. Bien m'en avait pris de choisir Marvão plutôt qu'Elvas.

Mais ce n'était qu'éclaircie. J'ai passé la journée à guetter le moindre trou de soleil inondant cette campagne d'un vert jaune "pétant" que les peintres connaissent bien. J'en suis un. Quand le coton se refermait, j'explorais les ruelles et me gargarisais de noms jolis : Largo de Santa Maria, Antigo Paiol, Rua das Portas da Vila où je tombai en arrêt devant O Poial da Artesâ. Là, dans un de ces bazars artisanaux qui fleurissent au Portugal, une charmante dame polyglotte, peintre d'azulejos, vendait entre autres objets des vestes de laine climatiquement adaptées. Si vous passez par là, venez faire la conversation en anglais, français, espagnol et portugais avec Luísa Assis. Toute petite boutique, mais grande âme. On peut y voyager jusqu'à San Francisco et apprendre que ses sept chats portent tous un nom célèbre : Oscar Wilde, celui qui garde l'échoppe, Salvador Dali qui règne à la maison sur les cinq autres… Mais revenons à nos moutons.


Le nid d'aigle de Marvão

Bonne franquette…

La Casa Dinis était mon camp de base. J'ai pu y prendre mes repas du midi dans le bistrot annexe, de l'autre côté de la ruelle. J'y ai découvert : l'açorda, cette soupe de pain, oignon, ail et coriandre couronnée d'un œuf. La sopa de cação, c'est-à-dire de squale. Je me suis régalé des salades (thon, feijões frades) préparées aussi par Senhora Christina Andrade, la patronne (que j'avais prise pour la fille de son mari dans ma confusion de la veille)… Pas de restauration le soir, mais le midi, dînette. Et toutes les midinettes et garçons travaillant au village de venir faire la pause déjeuner pour la somme astronomique de 5 €, verre de vin et café compris.

…et repas bourgeois

Le premier soir, j'ai dîné à la Pousada. J'avais défripé ma plus belle chemise. J'ai choisi une soupe de nabiças (il faut l'oser quand votre table avoisine celle d'Américains !) suivi d'un plat de corvina agrémenté de palourdes et d'une sauce aux coentros, arrosé d'un verre de blanc exceptionnel (il faut l'oser aussi). J'ai de la peine pour mes Américains qui n'ont pas su finir leur bouteille de grand tinto de derrière les fagots. J'ai été chouchouté par les dames du service, sans doute parce que, sans m'en rendre vraiment compte, je ne parlais plus que dans mon portugais de poche, n'hésitant pas à demander des précisions sur les mets et les vins.

Je suis resté jusqu'au mercredi midi dans ce Marvão enchanteur où le temps n'a cessé de s'éclaircir, le soleil me livrant tous les secrets du lieu et me révélant tous les détails du paysage. J'ai été pris d'amour pour ces deux chatons roux qui se chauffaient sur le blanc éclatant d'une cheminée alentejane. J'ai amadoué les chiens, leur expliquant que je voulais juste voler une photo. J'ai croisé des gens heureux et j'ai fermé ma gueule quand un pick up déboulait dans une ruelle, me forçant à me faire tout plat dans une entrée de maison (quand il y en avait).

J'ai bien sûr fait le chemin de ronde dans son entier, adoré les chapelles, leurs portails, les portes et croisées des maisons, le pavé et cette pimpante charrette du brocanteur, immatriculée www.alentejonline.com. J'ai photographié des terrasses, des fleurs, des détails architecturaux à en avoir presque honte, tant je me sentais possédé.

J'ai aimé le sombre château, forteresse de guet et de défense par excellence, construite pour voir à perte de vue et se donner le temps de réveiller le fantassin en douceur, de faire fondre le plomb, bouillir les marmites et astiquer les canons. Une curiosité à ce propos. Ils sont disposés tous azimuts, sauf un qui est orienté sur son propre camp. Avec un Australien de passage (Portugais émigré), nous avons essayé de résoudre l'énigme. Ce canon devait servir à pulvériser d'éventuels escaladeurs de murailles, là où était sans doute la faille, le tendon d'Achille.

En contemplant encore une fois l'immensité, j'ai dit à mon interlocuteur de Sidney :

- C'est presque aussi grand que l'Australie ici…
- Presque, oui, m'a-t-il répondu en riant de bon cœur.

Marvão, candidate au patrimoine mondial semble bien partie.


Jean-Claude transi de froid sur les remparts de Marvão.
Photo © Alquimista, 22 février 2003.

Appendice

Savez-vous que la nuit, les petites routes en aval de la forteresse appartiennent aux salamandres ? Si vous voyez se dresser dans vos phares un petit objet noir taché d'or pur, ne l'écrasez pas, s'il vous plaît ! Surtout en sortant tard (et un peu gris) de chez O Sever, la churrasqueira de Portagem, tout en bas qui sert des frangos, des grillades de porc, du cochon de lait comme vous n'en trouverez pas en haut. C'est toujours plein. Que des gens du cru. Bon signe.

NDLR :

Casa Dom Dinis *** Rua Dr. Matos Magalhães, 7 7330-121 Marvão
Telefone: (+351) 245.993.957 • Fax: (+351) 245.993.959

Pousada de Santa MariaPousada de Santa Maria Rua 24 de Janeiro, 7 7330-122 Marvão
Tel.: (+351) 245.993.201 • Fax: (+351) 245.993.440. Rodeada pelas muralhas fortificadas do século XIII, foi construída a partir de um conjunto de pequenas casas, mantendo as suas características medievais.

Albergaria El-Rei Dom Manuel Albergaria El-Rei Dom Manuel ****
email : alberg.d.manuel@mail.telepac.pt
Largo de Olivença, 7330 - 104 Marvão
tel.: (+351) 245 909 150 • Fax: (+351) 245 909 159

O Sever *** Portagem, São Salvador da Aramenha 7330-339 Marvão
Telefone: (+351) 245.993.318 • Fax: (+351) 245.993.412

 
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Região de Turismo de São Mamede

Região de Turismo de São Mamede
(en portugais, français, espagnol, anglais)

Clix - Viajar

Clix-Viajar : un bon guide en ligne sur Marvão
(en portugais ou en anglais)

 
Page © Alquimista.net, 28 décembre 2002, màj 19 mars 2003.
Texte et Photos (sauf indication contraire et cadre d'informations) :
© Jean-Claude Petit, optimisées Alquimista.
Matière fournie par les Lecteurs : lire les conditions d'utilisation du site
 
 

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